Mon père est POUR la grève étudiante, CONTRE Martineau
Mon père est abonné au Journal de Montréal depuis fort longtemps.
Avant même de lui en avoir parlé, je le pensais contre cette grève étudiante, qu’il buvait les paroles de Martineau. J’avais peur de le savoir de ce côté, de penser qu’il ferait partie des gens que je dénonce, qui à défaut de réfléchir rentrent dans le tas, pour le plaisir de s’opposer à quelque chose qui fait trop de bruit pour un quotidien aussi confortable et bien loin de tout ça.
Mon père, pour vous mettre en contexte, est sûrement l’homme que je respecte le plus sur cette terre. J’ai rarement vu quelqu’un d’aussi généreux. Il s’est toujours assuré que mon frère, ma mère, moi et sa famille immédiate ne manquions de rien, au détriment de sa propre santé. Il travaille trop pour le salaire qu’il gagne, trop pour son âge. Il est en semi-arrêt de job présentement; problèmes au cœur.
Je trouverais presque ça légitime, si sans pousser sa réflexion plus loin, il en arrivait aux mêmes conclusions que Martineau. Raisonnement individualiste d’un babyboomer qui se défonce au travail, sans diplôme. C’est mon père, je lui donne l’immunité.
Mais non, il en est tout autrement.
Au cours de ce combat, il s’est converti en défenseur INCONDITIONNEL de la cause étudiante. Il crache sur l’arrogance des Martineau, Duhaime, Beauchamp et Gendron. Et même les recours à la violence et aux manifestations illégales ne le feront pas changer d’avis. Il m’a également confié: « Tsé, c’qui s’passe dans les métros en ce moment, ça serait pas l’équipe de Charest qui aurait payé des gens pour se faire passer pour des étudiants marginaux? »
J’pense qu’il souhaite que ça pète en quelque part. C’est probablement la première fois que je le vois indigné des chroniqueurs d’opinions, d’une telle situation. Généralement, il avale et se range du côté charmant de la démagogie. Parce qu’après tout, c’est c’que ça fait, la démagogie; charmer.
Il se rend compte que le confort nous est offert en échange du silence, de l’immobilité et que cette grève permet d’ouvrir les yeux. Si au début des années 2000, on pouvait poivrer en toute tranquillité les manifestants marginaux (pour la hausse du prix de l’essence/mondialisation); en 2012, ce sont des professeurs, des étudiants, des familles à qui on demande de fermer sa crisse de gueule. Pour qui on déploie l’esquade anti-émeute. Traités comme des TERRORISTES. (Voir photo, par ici)
Il ne comprend pas que l’opinion publique puisse changer son fusil d’épaule aussi aisément, en défaveur de la démocratie qu’on laisse se faire bafouer comme ça. Il rage, juste à voir les chroniqueurs et journalistes interrompre à tout bout de champ de jeunes gens articulés, à peine adultes, qui tentent de faire valoir leurs points de vue/revendications.
Pour vous, c’est rien, ce n’est que mon père, un individu qui vous est inconnu. Pour moi, c’est un symbole de changement. J’pense qu’il aurait secrètement aimé fréquenter l’université, plus jeune. C’est un homme brillant.
Je vous crisse-tabarnack déteste.



