Lettre aux étudiants qui se sont tapés un “Laurent Proulx”
Chers étudiant-e-s.
À titre de chroniqueur/blogueur, ce printemps/été dernier, j’ai eu l’honneur de mener le combat à vos côtés. Dès lors l’adoption de la loi 78, on a scandé qu’on s’en câlissait donc, de cette loi spéciale et, les soirs subséquents, on a crissé l’feu à la rue St-Denis pis les forces de l’ordre se sont introduites dans des commerces privés, histoire de poivrer à l’aveuglette des gens qui n’avaient peut-être même jamais eu vent de cette dite nouvelle loi. Ces premiers jours post-adoption de loi matraque, on pouvait sentir la terreur dans les rues. On avait là l’état policier dans toute sa somptuosité.
À ce moment, de par notre simple et intrépide présence, oui, on pouvait donc affirmer haut et fort qu’on s’en câlissait effectivement de la loi spéciale.
Ce sera finalement quelques jours plus tard qu’on apprendra que le SPVM n’aura jamais pu mettre en application la crisse de loi. Le calme est revenu en même temps que l’arrivée des familles pis des casseroles, du moins jusqu’au Grand Prix qui fût mouvementé. Puis, retour au calme à nouveau, jusqu’à aujourd’hui.
Bref, jusqu’ici on scandait qu’on s’en câlissait d’la loi spéciale, mais à quel point? C’était pas un peu facile de se câlisser d’une loi qui ne pouvait finalement être appliquée? D’une loi qui suspendait les cours affectés par la grève, et par conséquent mettait fin à celle-ci? En quoi la loi 78 pouvait-elle être effective, à ce moment? On s’en câlissait, puisqu’alors inexistante et techniquement sans impact.
On a toujours su par contre que la loi 78 entrerait réellement en vigueur dès la rentrée. Il était donc là le réel enjeu, l’opportunité de se prouver conséquents au slogan scandé en famille.
Mi-août se présente et voilà qu’on vous voit déjà céder. Sans honte. Un abandon, qu’importe la marde que vous nous bafouillez en entrevue. Étudiant is the new “Laurent Proulx”, rien de moins.
Tout ça pour quoi finalement? J’aimerais dire “rien”, mais ce serait ingrat. On a appris beaucoup, on s’est réveillé. Il serait plus juste de parler de déception. Les chroniqueurs de grands journaux et vos professeurs vous féliciteront probablement pour le combat, mais sachez tout de même que vous ne vous êtes pas tenus debout jusqu’à ce qui pourrait sembler la fin du combat.
Cette loi ne visait-elle pas ça justement, un retour forcé en classe? Ses effets ont eu raison de vous. Les médias également.
La loi spéciale, on s’en câlisse, tant qu’elle ne nous affecte pas réellement.
Parlez-moi donc de trêve politique, tabarnack. S’agenouiller pour faire bonne figure. Dites-moi que c’est purement stratégique, je vous en prie, que c’était pour éviter que Charest puisse tirer profit des manifestations, pendant sa campagne. Câlisse. Et l’inverse, y avez-vous pensé? Si par exemple, le retour en classe ne faisait que démontrer l’efficacité de la loi 78? Est-ce qu’on voterait pour un premier ministre qui s’est montré inapte à rétablir le désordre ou plutôt l’inverse?
Les deux sont probables. Charest pourrait donc réajuster le tir comme bon lui semble. De toute façon, l’électeur a déjà bénéficié suffisamment de mois de contestations pour se faire une idée, par lui-même, de la crise.
Céder à une loi répressive par stratégie? Pour les raisons évoquées ci-haut, je trouve ça risqué en crisse si ce n’est que pour jouer la carte du “Au cas où Charest se sert de nous”.
Cette grève, particulièrement en cette rentrée, aurait symbolisé plus que tout la résistance. La preuve ultime, élections ou pas, qu’on s’en câlisse certainement de la loi spéciale. Mais non, vous avez fait le choix de marginaliser vos camarades qui ont décidé de poursuivre le combat, coûte que coûte.
Répétez-moi le donc encore une fois qu’on s’en câlisse, d’la loi spéciale? C’est ça.
J’imagine qu’on peut compter sur votre présence dans les prochaines manifs de soir, maintenant que vous aurez à terminer une session de 4 ans en 15 secondes?
Je vous déteste.











