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Mon malaise avec les casseroles

Salut, gens des casseroles nouvellement initiés aux manif.

J’dois vous dire que j’éprouve un certain inconfort avec la tournure qu’ont pris les manifestations dernièrement, même si, j’dois l’admettre, c’est beau de voir un tel éveil collectif. On ne pourrait faire autrement. Mais laissez-moi tout de même vous détester pis après on pourra poursuivre ensemble pis s’lancer des gros sourires niais.

Quand j’suis arrivé au parc Émilie-Gamelin, samedi à 20H, j’y voyais là des allures de Disney Land. Des gros sourires, d’la joie, d’la musique de casseroles, des enfants pis des mascottes. Le SPVM, comme à son habitude s’aventurait à travers la foule, histoire de tâter l’pouls du crowd dans l’but d’connaître le genre de soirée qu’il allait passer. À tout juste 48H post-arrestations massives, personne n’a hué les policiers. Évidemment, c’était la fête. Les gens sautaient au cou du Panda. Tout était si familial.

J’me suis retiré sur le côté, j’étais pas des vôtres. J’avais pas envie de trouver ça amusant. On venait de passer une grosse semaine à se faire poivrer, matraquer, brutaliser, arrêter, hit-n-runner. Des amis ont même dû se rendre à l’urgence. Des terrasses sur St-Denis se sont faites prendre d’assaut. Des innocents n’ayant rien à voir avec les manifestations ont été détenus/brutalisés arbitrairement. Et pour finir on nous a arrêtés massivement par le biais d’un coup orchestré à quelques/plusieurs heures de ladite manifestation. J’avais pas la tête aux festivités estivales, sorry.

Vous étiez où quand on avait besoin de vous, gens que l’on surnomme “monsieur, madame tout l’monde”? Pourquoi avoir pris autant de temps? Tsé que moi, je vous boycottais quand on passait devant chez vous et que tout l’monde vous applaudissait quand vous sortiez vos débarbouillettes rouges par la fenêtre en guise de support. Si vous vouliez supporter pour VRAI, vous n’aviez qu’à sortir dans les rues et prendre les mêmes risques que nous. J’en avais rien à câlisser d’vos morceaux de linge rouges alors que je savais qu’dans pas moins de 30 minutes on allait devoir affronter l’anti-émeute, sans vous. Votre absence a forcément permis aux médias et gouvernement Charest de nous marginaliser. Peut-être même qu’avec vous parmi nous, la loi 78 n’aurait jamais eu lieu, qui sait.

Où étiez-vous quand on s’prenait les coups de matraque pis le lacrymo? Pas là.

Quand j’suis arrivé au parc Émilie-Gamelin, samedi, j’étais en tabarnack, on venait de franchir un next level en terme de dégueulasseries d’la part du SPVM pis j’m'attendais à constater un climat semblable à mon mood. Pas des familles heureuses qui se bousculent pour voir le Panda, qui pourtant, n’a pas manqué une crisse de manif depuis des semaines. Pour vous, c’est une star d’la télé. Pour nous, c’est un dude qui est venu s’manger du poivre de cayenne dans les yeux avec nous bien avant que la télé ne s’y attarde.

Quoi qu’il en soit, c’est un beau mouvement qui a pris de l’ampleur, qui grossit de jour en jour et appelle d’autres municipalités à suivre le pas à travers la province et c’est bien comme ça. C’est beau, même. J’pas un fan, mais ok. Le résultat, il est là.

Maintenant que c’est dit, on peut poursuivre pis recommencer à s’aimer sur de nouvelles bases.

Je vous déteste.

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Mon père est POUR la grève étudiante, CONTRE Martineau

Mon père est abonné au Journal de Montréal depuis fort longtemps.

Avant même de lui en avoir parlé, je le pensais contre cette grève étudiante, qu’il buvait les paroles de Martineau. J’avais peur de le savoir de ce côté, de penser qu’il ferait partie des gens que je dénonce, qui à défaut de réfléchir rentrent dans le tas, pour le plaisir de s’opposer à quelque chose qui fait trop de bruit pour un quotidien aussi confortable et bien loin de tout ça.

Mon père, pour vous mettre en contexte, est sûrement l’homme que je respecte le plus sur cette terre. J’ai rarement vu quelqu’un d’aussi généreux. Il s’est toujours assuré que mon frère, ma mère, moi et sa famille immédiate ne manquions de rien, au détriment de sa propre santé. Il travaille trop pour le salaire qu’il gagne, trop pour son âge. Il est en semi-arrêt de job présentement; problèmes au cœur.

Je trouverais presque ça légitime, si sans pousser sa réflexion plus loin, il en arrivait aux mêmes conclusions que Martineau. Raisonnement individualiste d’un babyboomer qui se défonce au travail, sans diplôme. C’est mon père, je lui donne l’immunité.

Mais non, il en est tout autrement.

Au cours de ce combat, il s’est converti en défenseur INCONDITIONNEL de la cause étudiante. Il crache sur l’arrogance des Martineau, Duhaime, Beauchamp et Gendron. Et même les recours à la violence et aux manifestations illégales ne le feront pas changer d’avis. Il m’a également confié: « Tsé, c’qui s’passe dans les métros en ce moment, ça serait pas l’équipe de Charest qui aurait payé des gens pour se faire passer pour des étudiants marginaux? »

J’pense qu’il souhaite que ça pète en quelque part. C’est probablement la première fois que je le vois indigné des chroniqueurs d’opinions, d’une telle situation. Généralement, il avale et se range du côté charmant de la démagogie. Parce qu’après tout, c’est c’que ça fait, la démagogie; charmer.

Il se rend compte que le confort nous est offert en échange du silence, de l’immobilité et que cette grève permet d’ouvrir les yeux. Si au début des années 2000, on pouvait poivrer en toute tranquillité les manifestants marginaux (pour la hausse du prix de l’essence/mondialisation); en 2012, ce sont des professeurs, des étudiants, des familles à qui on demande de fermer sa crisse de gueule. Pour qui on déploie l’esquade anti-émeute. Traités comme des TERRORISTES. (Voir photo, par ici)

Il ne comprend pas que l’opinion publique puisse changer son fusil d’épaule aussi aisément, en défaveur de la démocratie qu’on laisse se faire bafouer comme ça. Il rage, juste à voir les chroniqueurs et journalistes interrompre à tout bout de champ de jeunes gens articulés, à peine adultes, qui tentent de faire valoir leurs points de vue/revendications.

Pour vous, c’est rien, ce n’est que mon père, un individu qui vous est inconnu. Pour moi, c’est un symbole de changement. J’pense qu’il aurait secrètement aimé fréquenter l’université, plus jeune. C’est un homme brillant.

Je vous crisse-tabarnack déteste.

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