Nous sommes lourds et je nous déteste.

Quand y’a des trucs/enjeux qui occupent l’actualité, comme par exemple, là, en ce moment, la grève contre la hausse des frais de scolarité, c’est intéressant d’voir les gens s’impliquer, lire, agir, réfléchir, remettre les trucs en perspective. On arrive même à faire la part des choses pas mal plus rapidement qu’auparavant.
En ne parlant que de ça sur une bonne période de temps, ça nous permet de ne pas oublier la problématique du moment. De ne pas s’endormir tant qu’c'est pas réglé. C’est parfait. J’fais un peu de tout ça, je lis, je réagis, je participe.
Hier, particulièrement, mon newsfeed était submergé d’opinions, on y relayait toutes sortes de liens, vidéos ou éditos, où des gens se prononcent sur la hausse des frais. Je pige dans le tas, j’filtre, j’commence par mes valeurs sûres pis j’donne la chance à des petits nouveaux, en essayant de ne pas me noyer dans la nouvelle.
Constat de fin d’journée, je les ai tous lus, tous écoutés parler.
Esti qu’vous êtes lourds. On est lourds. Moi aussi. On est gossant, nous pis notre droit d’parole, on s’prend pas pour d’la marde. Quand j’vois des amis ou connaissances qui possèdent une tribune s’approprier un bout de l’actualité sur un ton alarmant, affecté, voire théâtral, j’en ai des esti d’frissons de malaises. Je le SAIS qu’en quelque part, derrière la bonne intention se cache un besoin de reconnaissance, de se gagner un peu de capital intellectuel ou de sympathie. Pis si ça peut faire gagner en visibilité, c’t'encore mieux. J’le sais, parce que c’est la même chose pour moi. Des fois c’en est même une course, le plus tôt j’en parle, le mieux c’est.
Ça m’étourdit de nous voir endosser un mal pis d’changer notre fusil d’épaule 2 secondes plus tard après avoir lu un fort texte de Foglia, PIS en plus, d’avoir le front de prendre position comme si on avait toujours pensé comme lui.
Le meilleur exemple? Le cas Dany Lacerte. On l’a tous partagé son vidéo dans lequel il salissait la réputation d’un présumé cyber-prédateur. Qu’on le veuille ou non, c’était nous les bien-pensants. Moi le premier. Jusqu’à c’que quelqu’un laisse entendre qu’on devrait prendre ces gens en main plutôt que de laisser un redneck s’en charger et tirer dans l’tas. On a peu à peu commencé à prôner ce message, ce qui est bien. On a évolué rapidement sans hésiter à nous remettre en question.
C’est lourd.
Je nous vois changer d’idée à l’occasion pis c’est intelligent d’le faire. Mais j’pense que chaque changement d’avis devrait être accompagné d’une bonne dose d’humilité.
C’est lourd aussi de nous voir prendre position sur le sort des meurtriers et pédophiles, de tenter de décortiquer ce qui aurait pu les mener à commettre leurs crimes et vouloir leur apporter de l’aide alors que l’on condamne systématiquement nos proches qui nous mentent ou volent. On en oublie nos criminels à nous.
Ça devient lourd qu’on ait toujours notre mot à dire sur tout, qu’on se prenne pour des sauveurs, que tout doive absolument être rationnel et gentil en tout temps.
Malgré tout, il ne faut pas arrêter, j’pense quand même que ça reste la meilleure chose à faire.
Nous sommes lourds et je nous déteste.


Murphylosophe cooper
Mais nous ne pesons pas lourd, au final, en regard de notre pourcentage…
Ecrire permet d’oublier la meute.
- Charles De Gaulle
Tu mets le doigt en plein sur le bobo.
On est lourds mais on ne peut pas vraiment faire autrement. Un poids collectif duquel on ne se sauve vraiment jamais.
J’savais pas trop comment le verbaliser et tu viens de le faire mieux que moi.
Good job!
Être lourds, c’est ce qui fait qu’on garde les pieds à terre… Se trouver une position préfabriquée sur tout pis prendre son coin et le garder, c’est facile.
Voir les deux côtés, avancer dans le gris, dans le flou, c’est plate et inquiétant, ça nous remet en question, ça nous confronte au fait que nous ne sommes pas toujours justes.
[...] dernière chronique chez Nightlife se veut une suite à mon précédent billet de blogue “Nous sommes lourds, je nous déteste“. Elle traite du manque d’humilité qui vient nécessairement avec le recul que nous [...]
Oui on est lourd! Beau text, J’ai drôlement le gout de courir un marathon ce matin pour allégé la situation…